Série de dialogues sur l’Arctique du Centre Pearson
La souveraineté du Canada sur ses terres, ses glaces et ses voies navigables dans l’Arctique est essentielle à nos intérêts économiques et sécuritaires nationaux.
L’Arctique canadien représente 40% de la superficie du Canada et 70% de ses côtes. Il subit
actuellement une transformation rapide en raison des changements climatiques et des
bouleversements géopolitiques mondiaux.
À mesure que la fonte des glaces ouvre de nouvelles routes maritimes et expose de vastes
ressources naturelles, l’Arctique est devenu une frontière stratégique pour les opportunités
économiques, la gestion environnementale et la défense nationale. Cependant, la souveraineté
dans l’Arctique ne concerne pas seulement les frontières et les ressources ; elle concerne
également les populations, la culture, le logement et la force et le leadership durables des
communautés inuites qui gèrent ces terres depuis des temps immémoriaux.
Avec l’intérêt et l’activité croissants des pays étrangers dans la région, il est essentiel de renforcer notre compréhension de l’Arctique canadien, de ses habitants, de ses priorités et de son potentiel. Maintenir une politique arctique forte et résiliente signifie préserver l’intégrité territoriale du Canada tout en favorisant l’autodétermination et le leadership des Inuits dans l’élaboration de l’avenir du Nord. tout en favorisant l’autodétermination et le leadership des Inuits dans l’élaboration de l’avenir du Nord.
Dans le cadre de la série de dialogues sur l’Arctique, le Centre Pearson explorera les défis et
les opportunités auxquels sont confrontés aujourd’hui la région arctique canadienne et ses
habitants, en mettant l’accent sur les politiques, les partenariats et les investissements
nécessaires pour garantir un Arctique canadien fort, durable et libre à l’avenir.
Le 8 octobre, des dirigeants de tous les Territoires du Nord-Ouest et des représentants élus
d’Ottawa se sont réunis dans un esprit d’unité au Centre Pearson, dans le cadre de la série de
dialogues sur l’Arctique pour discuter d’un projet qui pourrait remodeler le paysage social et économique du Nord canadien: la route de la vallée du Mackenzie. Organisée par le
gouvernement des Territoires du Nord-Ouest (GTNO) et le Secrétariat du Sahtu Incorporée,
cette session était plus qu’une simple mise à jour technique. Elle constituait une déclaration
d’intention: la réconciliation, la souveraineté et les opportunités économiques dans l’Arctique sont indissociables, et un Canada moderne et inclusif doit les construire ensemble.
Une vision ancrée dans le partenariat
La route de la vallée du Mackenzie proposée s’étend sur environ 321 kilomètres entre Wrigley
et Norman Wells, remplaçant l’actuelle route d’hiver par un corridor praticable en toutes saisons. Il s’agit d’un projet qui a pris des décennies à se concrétiser et qui reliera les communautés, les économies et les histoires des régions de Dehcho et de Sahtu. Mais surtout, il représente un modèle de la manière dont le Canada peut poursuivre son développement avec ses partenaires autochtones, et non pas simplement pour eux.
Comme l’a rappelé Charles McNeely, président du Secrétariat du Sahtu, aux participants, “un
Nord connecté est un Nord plus sûr”. Ses paroles ont bien résumé les dimensions pratiques et
morales du projet : un accès fiable pour les résidents, la stabilité pour les communautés et un
engagement commun en faveur de la collaboration.
De la présence de tous les membres du Cabinet du gouvernement des Territoires du Nord-
Ouest aux interventions des dirigeants locaux, notamment le député Daniel McNeely, le chef
Jamie Moses de la Première Nation Pehdzéh Kı̨ et le conseiller Todd McCauley, la soirée a
reflété une véritable harmonisation entre les gouvernements public et autochtone. Comme l’a dit le chef Moses, “Notre nation n’a pas encore signé, mais il existe un excellent environnement de travail commun”. Cet esprit de dialogue et de confiance est, en soi, une forme de progrès.
Les infrastructures comme moyen de réconciliation
La réconciliation est souvent évoquée en termes symboliques: excuses, commémorations et
cadres politiques. Mais pour de nombreuses communautés nordiques, la réconciliation doit
également signifier un accès tangible aux soins de santé, à l’éducation, aux marchés et aux
opportunités. C’est ce qu’offre la route de la vallée du Mackenzie.
En transformant l’isolement saisonnier en mobilité tout au long de l’année, la route stabilisera le coût de la vie, améliorera la sécurité alimentaire et rendra les déplacements entre les
communautés plus sûrs. Elle créera des emplois pendant la construction et l’entretien à long
terme, favorisant la diversification économique dans les domaines du tourisme, du développement des ressources et de la restauration de l’environnement. Il ne s’agit pas d’avantages abstraits, mais des fondements de l’équité et de la dignité dans la vie quotidienne.
Le projet reflète également la prise de conscience croissante que les infrastructures ne sont pas
neutres sur le plan des valeurs. Chaque pont et chaque route porte une empreinte sociale.
Lorsqu’elles sont construites en partenariat avec les gouvernements autochtones, dans le
respect des revendications territoriales, des principes de gestion responsable et du patrimoine
culturel, elles deviennent l’expression vivante de la réconciliation en action.
Souveraineté, sécurité et résilience climatique
Au-delà de son impact local, la route de la vallée du Mackenzie sert les intérêts nationaux plus
larges du Canada. Alors que le Nord occupe une place de plus en plus centrale dans les
questions de souveraineté et de changement climatique, la fiabilité des transports est à la fois
une nécessité stratégique et une déclaration de gestion responsable.
L’amélioration de la mobilité dans l’Arctique renforce la capacité du Canada à surveiller et à préserver ses territoires nordiques dans un contexte géopolitique et environnemental en
mutation. La conception de la route tient également compte de la résilience climatique,
garantissant la stabilité de l’itinéraire malgré les changements dans les modèles de pergélisol et l’intensification des phénomènes météorologiques extrêmes.
Caroline Wawzonek, vice-première ministre et ministre des Finances, a souligné cette double
finalité, notant que les infrastructures stratégiques telles que la route de la vallée du Mackenzie
“relient les communautés, renforcent les chaînes d’approvisionnement et préservent la
souveraineté”. À une époque où les routes arctiques suscitent un intérêt international croissant,
l’engagement du Canada en faveur d’un développement durable du Nord concerne autant l’autodétermination que la connectivité.
Une longue route aux racines profondes
La vision d’une route praticable en toutes saisons à travers la vallée du Mackenzie remonte au programme “Roads to Resources” (Des routes vers les ressources) de 1958. Si cette initiative
reflétait une époque différente, marquée par l’ambition industrielle, le projet actuel est fondé sur le partenariat et la durabilité. Après des décennies d’études, d’évaluations environnementales et de consultations — depuis les premiers travaux de construction près de Fort Simpson dans les années 1970 jusqu’à l’investissement fédéral de 140 millions de dollars en 2018 pour la planification et la conception —, le projet est enfin prêt à passer de l’aspiration à la mise en œuvre.
Le plan par étapes du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest divise la construction en
trois segments, qui seront achevés sur une période d’environ 20 ans, sous réserve du
financement et de l’approbation réglementaire. Cette approche pragmatique reflète à la fois la responsabilité financière et les réalités logistiques de la construction dans le Nord.
Un appel au leadership fédéral
Pourtant, à ce jour, le financement complet de la construction n’est toujours pas confirmé. Le
gouvernement des Territoires du Nord-Ouest continue d’explorer les possibilités offertes par
Infrastructure Canada et d’autres canaux fédéraux. C’est là que l’engagement du gouvernement fédéral en faveur de la réconciliation et des infrastructures adaptées au climat doit se traduire en actions concrètes.
Les intervenants ont souligné que les récentes discussions à Ottawa ont mis en évidence que le
développement du Nord n’est pas une question régionale, mais nationale. La route de la vallée du Mackenzie n’est pas seulement une amélioration locale, c’est un projet d’intérêt national qui relie des ressources minérales essentielles aux marchés du Sud, renforce la souveraineté et permet au Canada d’assumer ses responsabilités envers ses citoyens du Nord.
La construction du Nord doit être considérée comme faisant partie intégrante de la construction
du Canada: inclusive, résiliente et tournée vers l’avenir.
Construire ensemble, aller de l’avant
Au Centre Pearson, nous pensons que la construction d’une nation est plus durable lorsqu’elle est fondée sur le partenariat et l’équité. La route de la vallée du Mackenzie illustre ce principe dans la pratique: une vision où les infrastructures favorisent la réconciliation, où la croissance économique fait progresser la gestion de l’environnement et où le leadership local est au cœur du progrès national.
À l’avenir, le Canada a la possibilité de définir le développement du Nord non pas en fonction
de l’extraction ou de l’opportunisme, mais en fonction de la prospérité partagée et du respect.
Comme l’a dit le député Daniel McNeely, “la mobilité et la certitude sont les fondements du
commerce”. Elles sont également les fondements de la réconciliation, c’est-à-dire la capacité
d’avancer ensemble, avec confiance et en restant connectés, sur une route que nous
construisons ensemble.





