Entretien avec Jeff Copenace, chef de la Première Nation des Ojibways d’Onigaming

Pam Damoff, du Centre Pearson, a eu le plaisir de s’entretenir avec Jeff Copenace, chef de la Première Nation des Ojibways d’Onigaming, dans le nord-ouest de l’Ontario. M. Copenace apporte un regard à la fois profondément personnel et forgé par son expérience politique sur les défis auxquels sont confrontées aujourd’hui les communautés des Premières Nations au Canada. Son parcours vers le leadership n’a pas été sans détours. À seulement 13 ans, il a été l’un des premiers pages législatifs des Premières Nations en Ontario, travaillant sous la direction du premier ministre Bob Rae. Bien qu’initialement déçu par la nature conflictuelle de la politique, cette expérience lui a permis de découvrir les rouages du gouvernement et de rencontrer des leaders autochtones clés, dont Elijah Harper, à l’époque des débats sur l’Accord du lac Meech.

Sa trajectoire politique s’est accélérée pendant ses études à l’Université Carleton, où son engagement auprès des Jeunes libéraux lui a permis de bénéficier du mentorat de personnalités telles que les anciens premiers ministres Jean Chrétien et Paul Martin, ainsi que du chef national Phil Fontaine. Ces relations ont été déterminantes, et M. Copenace a souligné l’importance du mentorat tout au long de sa carrière, non seulement pour tracer son propre chemin, mais aussi en tant que responsabilité qu’il assume désormais envers les jeunes générations.

Au fil des ans, M. Copenace a contribué à d’importantes initiatives politiques, notamment aux travaux liés à l’Accord de Kelowna et à l’élaboration de la réforme fédérale de la protection de l’enfance. Il a mis en avant le projet de loi C-92, qui affirme la compétence des Premières Nations en matière de services à l’enfance et à la famille, comme l’un des changements les plus marquants de ces dernières décennies. Pour M. Copenace, la reprise du contrôle de la protection de l’enfance est essentielle pour briser les cycles de traumatismes intergénérationnels enracinés dans les pensionnats indiens, le « Sixties Scoop » et les pratiques actuelles de placement d’enfants.

Malgré l’impression que ces injustices historiques appartiennent définitivement au passé, M. Copenace a souligné que leurs répercussions restent profondément ancrées dans les systèmes actuels. Les enfants autochtones continuent d’être largement surreprésentés dans le placement familial, représentant plus de la moitié de tous les enfants pris en charge au Canada. Pour beaucoup, ces expériences traumatisantes ouvrent la voie vers le système de justice pénale, où les peuples autochtones sont également largement surreprésentés. Selon lui, ce n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de décisions politiques délibérées s’étendant sur plusieurs générations.

« Ce sont des problèmes créés par le Canada », a-t-il noté, soulignant l’héritage des politiques d’assimilation qui ont perturbé les structures familiales, les savoirs parentaux et l’accès à l’éducation. Pour faire face à ces réalités, il faut plus qu’une simple reconnaissance ; cela exige un changement systémique fondé sur la compassion, un investissement à long terme et un engagement à maintenir les enfants en lien avec leur culture, leur communauté et l’éducation.

En tant que chef, M. Copenace dirige une communauté placée en état d’urgence déclaré depuis 2014 en raison de taux élevés de suicide et de toxicomanie. La nation ojibwée d’Onigaming, située entre le lac des Bois et le lac Crow, a subi de lourdes pertes, avec des dizaines de décès, dont la grande majorité concernait des jeunes, au cours de la dernière décennie. « Nous avons eu près d’un enterrement par mois », a-t-il confié, soulignant le poids du deuil qui pèse continuellement sur la communauté.

En réponse, M. Copenace s’est efforcé de mettre en place une infrastructure d’intervention en cas de crise, comprenant une équipe de crise locale, des programmes pour les jeunes et des propositions pour un centre de crise dédié. Il a toutefois souligné que le financement reste irrégulier et fragmenté, souvent pris au piège des conflits de compétence entre les autorités fédérales et provinciales. Les communautés qui en ont le plus besoin, a-t-il expliqué, sont souvent les moins bien équipées pour naviguer dans les processus de financement complexes, ce qui les place dans une situation de désavantage structurel.

M. Copenace a également mis en évidence des défis de gouvernance plus larges, notamment en ce qui concerne les droits issus des traités. Il a souligné que les Premières Nations ne sont pas des parties prenantes, mais des titulaires de droits qui doivent être des partenaires dans la prise de décision et dont le consentement doit être obtenu de manière significative. Pourtant, dans la pratique, les processus de consultation sont souvent insuffisants, ne parvenant pas à impliquer pleinement les communautés ni à respecter l’esprit des relations issues des traités. Souvent, les communautés des Premières Nations en état d’urgence, et qui ont le plus besoin de ressources et d’infrastructures, n’ont pas la capacité institutionnelle et émotionnelle nécessaire pour s’engager dans des consultations approfondies, ce qui perpétue les inégalités existantes.

Au-delà de la politique, M. Copenace a parlé sans détour de son propre combat contre la dépendance. Après des années de pertes personnelles, notamment la disparition d’une nièce et le décès d’amis proches, il a lutté contre l’alcoolisme pendant une décennie avant de parvenir à la sobriété en 2017. Sobre depuis neuf ans, il considère son rétablissement comme faisant partie intégrante de son leadership. En s’exprimant ouvertement, il espère réduire la stigmatisation et inspirer d’autres membres de sa communauté, où un nombre croissant de jeunes embrassent la sobriété. En fin de compte, le message de M. Copenace était à la fois un message d’urgence et d’espoir. Bien que les défis auxquels sont confrontées les communautés des Premières Nations soient profonds et profondément enracinés, il estime qu’un changement significatif est possible grâce à un engagement soutenu, à des politiques ancrées dans la culture et aux liens humains. « Nous résolvons cela avec amour et compassion », a-t-il déclaré.

Pour l’avenir, M. Copenace a fait part de son rêve de longue date de devenir député, représentant le nord de l’Ontario. Pour lui, cela s’inscrirait dans la continuité du travail qu’il a mené tout au long de sa vie : combler les fossés, défendre sa communauté et veiller à ce que la voix des Premières Nations soit au cœur de l’avenir du Canada.