the Great White Way could silence us all
Marilyn Dumont, “The Devil’s Language”
if we let it
it’s had its hand over my mouth since my first day of school
since Dick and Jane, ABCs and fingernail checks
syntactic laws: use the wrong order or
register and you are a dumb Indian
Le 30 septembre n’est pas un jour comme les autres. Lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous avons tous l’occasion – et l’obligation – de commémorer les torts profonds et durables subis par des générations de peuples autochtones au Canada. C’est également l’occasion de s’engager à nouveau à remédier ces torts, aujourd’hui et à l’avenir. Même si notre pays est confronté à de graves défis économiques et politiques, il est essentiel que nous gardions à l’esprit cet héritage néfaste et notre engagement en faveur de la réconciliation. La santé et le bien-être de notre nation n’en exigent pas moins.
Instauré comme jour férié en 2021, le 30 septembre, mieux connu sous le nom de Journée du chandail orange, marque ce que le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) a qualifié de « génocide culturel » des peuples autochtones du Canada. L’un des éléments centraux des conclusions de la Commission concernait les tristement célèbres pensionnats, qui ont commencé à fonctionner sous l’autorité officielle du gouvernement dans les années 1880 et dont les derniers ont finalement fermé leurs portes dans les années 1990. Au cours de cette période, plus de 150 000 enfants des Premières Nations, inuits et métis ont été contraints de fréquenter ces écoles, souvent loin de chez eux. Ces enfants ont vécu des horreurs telles que la séparation d’avec leur famille, l’assimilation culturelle forcée, les abus physiques et sexuels, la mauvaise santé, la mort et la disparition. (Histoire des pensionnats autochtones)
La Journée du chandail orange a été inspirée par l’expérience de l’une de ces enfants, Phyllis Webstad, qui a fréquenté le pensionnat indien St. Joseph Mission à Williams Lake, en Colombie-Britannique. Le premier jour, alors qu’elle n’avait que six ans, les autorités scolaires lui ont confisqué le chandail orange que lui avait offert sa grand-mère. Depuis que Phyllis Webstad a raconté son histoire en 2013, le chandail orange est devenu un symbole de solidarité, pour montrer que nous sommes aux côtés des survivants des pensionnats indiens et des innombrables enfants qui n’ont jamais pu rentrer chez eux. La date du 30 septembre a été choisie parce que c’était à cette période de l’année que les enfants autochtones étaient généralement arrachés à leurs familles et emmenés dans ces pensionnats, et parce que c’est le moment idéal pour toutes les écoles canadiennes de revoir leurs politiques de lutte contre le racisme et le harcèlement pour l’année à venir. (Orange Shirt Day – Orange Shirt Society)
La récente découverte de centaines de tombes anonymes sur les terrains des pensionnats nous a aidés à mieux comprendre le traumatisme profond subi par les enfants qui les fréquentaient, ainsi que par leurs familles et les générations suivantes. Et si certains détails choquants sur ce que les enfants ont enduré dans ces établissements ont été révélés ces dernières années, de nombreuses histoires sont restées inconnues. Les anciens des Six Nations racontent l’histoire de l’école mohawk de Brantford, en Ontario, où un grand incinérateur aurait été utilisé pour brûler les corps des enfants qui y mouraient. Sa présence sur le terrain de l’école explique pourquoi les anciens et les experts ont déclaré qu’ils ne trouveraient pas de fosses communes à cet endroit.
Si le dernier pensionnat indien a fermé ses portes en 1996, leur héritage troublant perdure sous la forme d’un traumatisme générationnel et d’une discrimination systémique, qui continuent d’avoir des répercussions sur les survivants autochtones, leurs proches et leurs communautés. Par exemple, les enfants autochtones sont largement surreprésentés dans le système canadien de placement familial. Un rapport du gouvernement canadien indique que 53,8 % des enfants placés en famille d’accueil sont autochtones, alors qu’ils ne représentent que 7,7 % de la population infantile selon le recensement de 2021″. (Concernant la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuit et des Métis) Cette discrimination systémique fait partie du système de protection de l’enfance canadien depuis des générations, car les autorités estimaient, et semblent toujours estimer, que les peuples autochtones sont moins aptes à élever leurs enfants que les familles non autochtones. En effet, cette croyance profondément raciste a été l’une des raisons pour lesquelles les pensionnats ont été créés à l’origine, et elle est manifestement toujours bien vivante au Canada aujourd’hui.
Les peuples autochtones sont également largement surreprésentés dans notre système de justice pénale, où le racisme systémique continue de prospérer à ce jour. Selon le ministère canadien de la Justice, entre 2005-2006 et 2015-2016, par rapport aux accusés blancs, les Autochtones accusés d’un crime étaient « plus susceptibles d’être reconnus coupables (+14%), moins susceptibles d’être acquittés (-33%) … et moins susceptibles de bénéficier d’un retrait, d’un rejet ou d’une libération (-55%) ». Les taux d’incarcération sont tout aussi biaisés. En 2022-2023, par exemple, les adultes autochtones représentaient « 30% des admissions dans les services correctionnels provinciaux/territoriaux, alors qu’ils ne représentaient que 4% de la population adulte au Canada en 2021 ». La même année, les adultes autochtones représentaient 33% des admissions en détention fédérale, et les femmes autochtones représentaient 49% de toutes les admissions féminines. (Précis des faits) Les femmes autochtones continuent d’être la population carcérale qui connaît la plus forte croissance au Canada. Lorsqu’une femme autochtone est incarcérée, ses enfants se retrouvent le plus souvent en famille d’accueil, ce qui entraîne un cercle vicieux de traumatismes et d’incarcération. Le rapport du Bureau de l’enquêteur correctionnel, intitulé “Dix ans depuis Une question de spiritualité” souligne la surreprésentation continue des peuples autochtones dans le système correctionnel et propose une feuille de route pour la réforme. Ces chiffres sont plus que des statistiques; ils représentent d’innombrables vies détruites, des familles et des communautés déchirées.
Bien que nous ayons fait quelques progrès ces dernières années pour remédier à cet héritage, le processus de réparation et de réconciliation prendra probablement plusieurs générations. Il est douloureux de réfléchir à ses moments les plus sombres, mais en tant que nation, nous devons le faire. Car si le Canada est un modèle mondialement reconnu grâce à sa démocratie forte, son respect des droits de la personne et son engagement officiel en faveur de l’égalité de tous, nous sommes également une nation qui a intentionnellement infligé d’énormes souffrances aux peuples qui étaient ici les premiers. Notre Journée nationale de la vérité et de la réconciliation nous offre l’occasion de reconnaître ces contradictions et d’honorer ceux qui ont souffert. Elle nous rappelle également la nécessité d’élargir le dialogue sur l’héritage du système des pensionnats et d’autres formes d’oppression à l’égard des peuples autochtones. À une époque où nous sommes confrontés à des défis de taille tant au niveau national qu’international, il est essentiel que nous n’oubliions pas les atrocités commises au nom du Canada dans notre propre histoire.
