Le Centre Pearson a récemment eu le grand privilège d’accueillir une discussion sur l’incapacité trop fréquente du système de justice pénale à garantir la justice pour les femmes, en particulier les survivantes de violences sexuelles. Nos trois expertes, Karen Vecchio, ancienne députée et présidente du Comité de la condition féminine, Megan Walker, vice-présidente du Conseil national des femmes du Canada, et Alexa Barkley, cofondatrice de Survivor Safety Matters, sont toutes des militantes de longue date pour les droits des femmes et ont apporté un éventail de points de vue à cette importante conversation.
AVERTISSEMENT : Ce qui suit contient une discussion sur des sujets liés à l’agression sexuelle et à la violence qui peuvent être difficiles à aborder.
À la suite de l’affaire Hockey Canada en 2018, dans laquelle une victime d’abus sexuels a reçu 3,1 millions de dollars sans que les joueurs ne subissent aucune sanction disciplinaire et que la responsabilité publique ait été très peu engagée, le panel a souligné que le problème des abus sexuels dépasse largement le cadre d’un seul sport. Des scandales similaires dans le domaine de la gymnastique et d’autres institutions sportives mettent en évidence une culture plus large de hiérarchie et de patriarcat dans le monde de l’athlétisme. Cependant, le récent procès de Hockey Canada a tempéré une partie de cet espoir et de cette dynamique, en particulier à un moment où la violence à l’égard des femmes est déjà en hausse. La table ronde a mis en évidence le fait que, plus de 50 ans après le mandat de Lester B. Pearson comme premier ministre, nous travaillons toujours sur certaines des questions qu’il avait jugées prioritaires à l’époque. Il va sans dire que la lutte pour les droits des femmes est loin d’être terminée.
Les panélistes ont tous souligné que le système de justice pénale est conçu pour laisser tomber les survivantes, les tribunaux ne comprenant pas les réactions traumatiques telles que le “gel”, comme un cerf pris dans les phares d’une voiture, ou la “soumission”, où les victimes traitent bien leurs agresseurs afin de réduire les dommages causés à elles-mêmes ou à leurs enfants. Le manque de formation des juges en matière de traumatisme, associé au fait que les tribunaux s’éloignent du recours à des experts spécialisés dans ce domaine, nuit aux survivantes pendant les procédures. Bien que le Canada dispose d’une législation solide dans des domaines cruciaux tels que le consentement, la mauvaise application de ces lois importantes par le pouvoir judiciaire continue de porter atteinte à la justice pour les femmes. Le déséquilibre des pouvoirs dans ces affaires est souvent aggravé par le fait que de nombreuses victimes ne peuvent pas se faire représenter correctement devant les tribunaux et que les programmes d’aide juridique existants sont sous-financés, dispersés de manière inégale dans le pays et ne sont pas toujours utiles.
La discussion a révélé comment les attentes plus larges de la société à l’égard du comportement des femmes continuent d’alimenter la culpabilisation des victimes et comment les institutions publiques, en particulier dans le domaine du sport, protègent souvent les auteurs afin d’éviter des dommages financiers ou réputationnels. Les panélistes ont attiré l’attention sur la tendance problématique au sein des organisations sportives à favoriser certaines personnes et sur la volonté de la communauté sportive de privilégier la victoire plutôt que la justice. Même la décision de la LNH d’interdire temporairement aux joueurs impliqués dans la récente affaire judiciaire de jouer, pourrait avoir été motivée davantage par la crainte de la responsabilité et des dommages financiers que par la volonté de faire un choix moralement juste. Comme l’a dit l’un des panélistes, on peut choisir de soutenir les femmes ou non, mais “il ne faut pas jouer sur les deux tableaux”.
En contraste frappant avec le traitement spécial et l’indulgence dont bénéficient souvent les athlètes masculins, les panélistes ont souligné que les victimes d’abus sexuels sont trop souvent jugées par la société et soumises à des pressions néfastes pour être “la victime parfaite”. Les panélistes ont décrit le juge dans l’affaire Hockey Canada comme faisant preuve d’un “mépris troublant pour la victime”, qualifiant son témoignage de “non crédible” alors que le témoignage d’un homme dans la même affaire avait été jugé crédible par le tribunal.
Au-delà des tribunaux, les participants ont tiré la sonnette d’alarme au sujet de récentes décisions politiques canadiennes, notamment la menace d’une réduction de 80% du soutien gouvernemental au ministère des Femmes et de l’Égalité des genres (FEG). Ils se sont également indignés de la nomination initiale d’un homme à la tête du FEG, qui a depuis été rectifiée à la suite du tollé général. Pour aggraver encore la situation, les statistiques indiquent que la violence sexiste est en augmentation au Canada, où une femme est assassinée toutes les 36 heures.
Malgré les défis auxquels les femmes sont actuellement confrontées, il y a encore de l’espoir. Même si les progrès sont lents, des changements positifs sont en cours, comme le début de la reconnaissance par le gouvernement canadien du terme “féminicide”. Pour l’avenir, les panélistes ont appelé à une formation tenant compte des traumatismes dans l’ensemble du système judiciaire, à la reconnaissance législative du “féminicide”, à une éducation précoce sur l’égalité des sexes et à une pression publique plus forte sur les dirigeants politiques afin qu’ils défendent les droits des femmes, des filles et des personnes de genre divers. Comme l’a fait remarquer l’une des panélistes, les femmes ne méritent pas seulement l’égalité, elles méritent de vivre totalement “libres de toute oppression.”
