« Queering » nos partenariats : construire des « coalitions efficaces »

Non binary person in flamboyant outfit in front of German, Canadian and Pride flags

Les initiatives en faveur de la diversité sont essentielles à la construction d’un Canada fort. Dans cette optique, et pour célébrer la saison de la Fierté à travers le pays, le Centre Pearson est fier de publier une série mettant en avant l’importance et les contributions des organisations queer. Aujourd’hui plus que jamais, il convient de mettre en avant la force des communautés diversifiées au Canada et à travers le monde, et c’est ce que nous espérons faire à travers notre série « Queering Canada ».

Le terme « queer » désigne une identité et sert de terme générique pour désigner la communauté 2SLGBTQI+, tout en symbolisant la réappropriation d’un langage discriminatoire. Dans ce contexte, il s’agit d’un terme générique qui exprime également la volonté de s’éloigner de la normativité (que ce soit au niveau des politiques ou dans d’autres domaines).

Photo gracieusement fournie par Dignity Network Canada

Lors de la réunion annuelle 2026 du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le message du Premier ministre Mark Carney était clair : nous devons faire preuve d’authenticité sur la scène internationale. Pour s’adapter à la rupture actuelle de l’ordre géopolitique mondial, le Canada doit repenser ses relations et reconnaître « la valeur de sa force ». Pour relever ces défis, il faut trouver de nouvelles façons de les aborder, mais ces méthodes ont peut-être déjà été proposées par des voix marginalisées, d’un océan à l’autre au Canada et au-delà.

Le Centre Pearson s’est inspiré des participants à la cinquième table ronde du Réseau dignité Canada (RDC), organisée à Ottawa. Au cours d’une série de discussions entre des représentants de plus de 40 pays et des responsables du gouvernement canadien, les enjeux auxquels sont confrontées les communautés 2SLGBTQI+ à l’échelle mondiale ont trouvé un large écho. Cependant, les stratégies pour relever ces défis différaient entre les personnes travaillant sur le terrain et celles agissant au nom des organismes canadiens.

Le Premier ministre Carney a souligné le travail du Canada dans la construction de « coalitions qui fonctionnent », plutôt que de réduire nos efforts à un multilatéralisme naïf. Et si cela pouvait être étendu au-delà du commerce et de la défense, pour remettre en cause l’hégémonie à partir d’une position encore plus unifiée ? Une position où ceux qui travaillent au niveau le plus local pourraient influencer non seulement les politiques des nations étrangères, mais aussi l’impact du Canada ? Lors de la table ronde organisée par le RDC, l’accent a été mis sur la création de partenariats inhabituels. Au regard de la rupture de l’ordre mondial évoquée par Carney, cela revêt une importance capitale. Affaires mondiales Canada (AMC) apporte un financement et un soutien à un large éventail d’organisations, mais leurs structures ont également été décrites lors de la table ronde comme étant parmi les plus rigides et les plus exigeantes au monde.

Ces partenariats nécessitent un travail de plaidoyer, mais aussi des ressources pour soutenir l’action des organisations communautaires afin d’assurer leur pérennité à long terme. Il est essentiel de faire remonter le travail accompli au niveau local jusqu’au niveau gouvernemental pour remettre en cause les pouvoirs en place qui ont conduit à une recrudescence des menaces pesant sur les droits de l’homme à l’échelle mondiale.

Depuis 2016, le gouvernement du Canada a alloué plus de 250 millions de dollars aux communautés 2SLGBTQI+ pour soutenir des programmes queer au Canada et à l’étranger. Cela inclut le Programme d’aide internationale LGBTQ2I (PAI), qui a versé 37 millions de dollars à des initiatives dans le monde entier jusqu’en 2025. Le Canada, tant dans ses rapports qu’au cours de cette table ronde, met en avant son action en faveur des droits des personnes 2SLGBTQI+, mais le manque de ressources et d’infrastructures nécessaires pour pérenniser les projets est au cœur des difficultés rencontrées par de nombreuses organisations dans leur travail communautaire. Notre rôle en tant que pays donateur clé confère aux agences canadiennes le pouvoir non seulement de déterminer quels projets ou quelles organisations bénéficient d’un financement, mais aussi d’imposer les résultats qu’elles souhaitent obtenir.

Un thème récurrent dans les discussions avec les organisations qui collaborent avec le RDC concerne les exigences strictes imposées aux projets à l’étranger, en particulier aux initiatives locales, ainsi que la manière dont la bureaucratie du système canadien limite la capacité de réaction face aux crises et le bien-être organisationnel. Le Canada a par le passé joué un rôle de premier plan dans la promotion des droits des personnes queer à l’échelle mondiale, et ce n’est pas le moment de faire marche arrière.

Dans le Plan d’action fédéral 2SLGBTQI+ de 2022, le soutien aux communautés queer au Canada et à l’étranger figurait parmi les priorités. Ce plan faisait référence au Programme d’action international (PAI) et visait à renouveler l’engagement du Canada à protéger ces droits dans le monde entier. Récemment, cette priorité a perdu de son importance, tant au Canada qu’à l’étranger. La demande internationale de soutien adressée aux institutions queer canadiennes n’a jamais été aussi forte, tandis que les contraintes au sein du pays ont limité les systèmes de soutien disponibles.

Au nom de partenariats inhabituels et de la lutte contre l’hégémonie (comme l’ont respectivement mentionné la table ronde et M. Carney), on peut faire valoir qu’une plus grande flexibilité devrait être accordée aux organismes financés par AMC et, par extension, à des programmes tels que le PAI et le Fonds canadien pour les initiatives locales (FCIL – un volet de financement de portée plus large qui collabore avec les ambassades canadiennes à l’étranger). Cela contribuerait non seulement à la réussite d’opérations plus spécifiques à chaque projet, mais donnerait également aux organisations la possibilité de travailler en partenariat avec le Canada plutôt qu’en tant que bénéficiaires. Le Canada, en tant que puissance intermédiaire comme l’a reconnu le Premier ministre Carney, aurait tout intérêt à poursuivre ce soutien et à faire davantage confiance aux capacités des organisations étrangères œuvrant pour des objectifs qui correspondent aux principales valeurs canadiennes. Cela inclut, sans s’y limiter, l’égalité, la justice et la liberté d’expression. Tous ces principes coïncident avec les droits revendiqués par les communautés 2SLGBTQI+ tant sur notre territoire qu’à l’étranger.

Comment le Canada peut-il y parvenir ? Le RDC met en avant certaines priorités clés qui permettraient au Canada de rester à l’avant-garde de la lutte pour les droits des personnes queer et l’égalité. Le Premier ministre Carney a appelé à « agir de manière cohérente » et à « construire ce en quoi nous prétendons croire » pour lutter contre la puissance dure et l’hégémonie mondiale. Compte tenu de notre histoire en tant que leader mondial de la justice pour les personnes queer, il est important de faire preuve de cohérence sur ce front également. Un point de départ essentiel pour élargir cet appel consiste à accroître la participation de partenaires à travers le monde, y compris les relations inattendues que le Canada peut nouer. L’une des priorités mises en avant par le RDC consiste à renforcer les relations des ambassades – tant avec le Canada qu’avec les communautés régionales qu’elles desservent –, ce qui permettrait de soutenir les initiatives locales et de consolider les liens du Canada avec les personnes qui se tournent vers l’ambassade pour bénéficier de la FCIL et de l’alliance. Si le Canada souhaite faire appel aux puissances moyennes du monde et à leurs partenaires pour lutter contre l’instabilité et la fragmentation croissantes, un point de départ essentiel se situe au niveau local.

La voix des organisations locales, en particulier celle des organisations 2SLGBTQI+, est souvent étouffée dans le dialogue mondial. Cette marginalisation conduit à une approche descendante de l’aide internationale, y compris dans les projets de développement participatif. Le fossé entre ces organisations et les hauts responsables d’AMC se résume souvent à des désaccords sur l’allocation des ressources, à des structures de financement rigides et à des procédures de candidature complexes. Les personnes qui travaillent au sein des communautés sont les mieux placées pour cerner les besoins et savoir comment une organisation peut fonctionner harmonieusement dans un contexte régional ou culturel donné. Si le Canada accordait davantage de reconnaissance à ce savoir, ses « partenaires » locaux pourraient nouer un véritable partenariat avec les ambassades et les fonds d’AMC destinés à les soutenir.

Au niveau national comme dans notre réponse internationale aux préjudices causés par l’affaiblissement des protections dont bénéficient les personnes queer, il est essentiel que ces partenariats prévoient un financement destiné à la pérennité des organisations et au renforcement de leurs capacités. Qu’il s’agisse d’institutions canadiennes œuvrant à l’échelle mondiale ou d’organisations locales intervenant sur le terrain à l’étranger, il est crucial que les personnes queer soient considérées comme des partenaires à part entière dans ce processus. Ce point sera abordé plus en détail dans le prochain article d’opinion de notre série consacrée à la Fierté.

Le Premier ministre Carney reconnaît l’importance de coalitions solides pour un large éventail de priorités nationales. Ce qui fait défaut, c’est une mise en œuvre à un niveau plus inclusif et plus large, où des « partenariats inhabituels » pourraient être formés pour renforcer la cohérence de l’action du Canada. Non seulement en tant que partenaire multilatéral actif sur la scène internationale, mais aussi en tant que défenseur de la démocratie, de la liberté et de la justice pour les communautés qui en ont le plus besoin.

Lors de la réunion annuelle 2026 du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le message du Premier ministre Mark Carney était clair : nous devons faire preuve d’authenticité sur la scène internationale. Pour s’adapter à la rupture actuelle de l’ordre géopolitique mondial, le Canada doit repenser ses relations et reconnaître « la valeur de sa force ». Pour relever ces défis, il faut trouver de nouvelles façons de les aborder, mais ces méthodes ont peut-être déjà été proposées par des voix marginalisées, d’un océan à l’autre au Canada et au-delà.

Le Centre Pearson s’est inspiré des participants à la cinquième table ronde du Réseau dignité Canada (RDC), organisée à Ottawa. Au cours d’une série de discussions entre des représentants de plus de 40 pays et des responsables du gouvernement canadien, les enjeux auxquels sont confrontées les communautés 2SLGBTQI+ à l’échelle mondiale ont trouvé un large écho. Cependant, les stratégies pour relever ces défis différaient entre les personnes travaillant sur le terrain et celles agissant au nom des organismes canadiens.

Le Premier ministre Carney a souligné le travail du Canada dans la construction de « coalitions qui fonctionnent », plutôt que de réduire nos efforts à un multilatéralisme naïf. Et si cela pouvait être étendu au-delà du commerce et de la défense, pour remettre en cause l’hégémonie à partir d’une position encore plus unifiée ? Une position où ceux qui travaillent au niveau le plus local pourraient influencer non seulement les politiques des nations étrangères, mais aussi l’impact du Canada ? Lors de la table ronde organisée par le RDC, l’accent a été mis sur la création de partenariats inhabituels. Au regard de la rupture de l’ordre mondial évoquée par Carney, cela revêt une importance capitale. Affaires mondiales Canada (AMC) apporte un financement et un soutien à un large éventail d’organisations, mais leurs structures ont également été décrites lors de la table ronde comme étant parmi les plus rigides et les plus exigeantes au monde.

Ces partenariats nécessitent un travail de plaidoyer, mais aussi des ressources pour soutenir l’action des organisations communautaires afin d’assurer leur pérennité à long terme. Il est essentiel de faire remonter le travail accompli au niveau local jusqu’au niveau gouvernemental pour remettre en cause les pouvoirs en place qui ont conduit à une recrudescence des menaces pesant sur les droits de l’homme à l’échelle mondiale.

Depuis 2016, le gouvernement du Canada a alloué plus de 250 millions de dollars aux communautés 2SLGBTQI+ pour soutenir des programmes queer au Canada et à l’étranger. Cela inclut le Programme d’aide internationale LGBTQ2I (PAI), qui a versé 37 millions de dollars à des initiatives dans le monde entier jusqu’en 2025. Le Canada, tant dans ses rapports qu’au cours de cette table ronde, met en avant son action en faveur des droits des personnes 2SLGBTQI+, mais le manque de ressources et d’infrastructures nécessaires pour pérenniser les projets est au cœur des difficultés rencontrées par de nombreuses organisations dans leur travail communautaire. Notre rôle en tant que pays donateur clé confère aux agences canadiennes le pouvoir non seulement de déterminer quels projets ou quelles organisations bénéficient d’un financement, mais aussi d’imposer les résultats qu’elles souhaitent obtenir.

Un thème récurrent dans les discussions avec les organisations qui collaborent avec le RDC concerne les exigences strictes imposées aux projets à l’étranger, en particulier aux initiatives locales, ainsi que la manière dont la bureaucratie du système canadien limite la capacité de réaction face aux crises et le bien-être organisationnel. Le Canada a par le passé joué un rôle de premier plan dans la promotion des droits des personnes queer à l’échelle mondiale, et ce n’est pas le moment de faire marche arrière.

Dans le Plan d’action fédéral 2SLGBTQI+ de 2022, le soutien aux communautés queer au Canada et à l’étranger figurait parmi les priorités. Ce plan faisait référence au Programme d’action international (PAI) et visait à renouveler l’engagement du Canada à protéger ces droits dans le monde entier. Récemment, cette priorité a perdu de son importance, tant au Canada qu’à l’étranger. La demande internationale de soutien adressée aux institutions queer canadiennes n’a jamais été aussi forte, tandis que les contraintes au sein du pays ont limité les systèmes de soutien disponibles.

Au nom de partenariats inhabituels et de la lutte contre l’hégémonie (comme l’ont respectivement mentionné la table ronde et M. Carney), on peut faire valoir qu’une plus grande flexibilité devrait être accordée aux organismes financés par AMC et, par extension, à des programmes tels que le PAI et le Fonds canadien pour les initiatives locales (FCIL – un volet de financement de portée plus large qui collabore avec les ambassades canadiennes à l’étranger). Cela contribuerait non seulement à la réussite d’opérations plus spécifiques à chaque projet, mais donnerait également aux organisations la possibilité de travailler en partenariat avec le Canada plutôt qu’en tant que bénéficiaires. Le Canada, en tant que puissance intermédiaire comme l’a reconnu le Premier ministre Carney, aurait tout intérêt à poursuivre ce soutien et à faire davantage confiance aux capacités des organisations étrangères œuvrant pour des objectifs qui correspondent aux principales valeurs canadiennes. Cela inclut, sans s’y limiter, l’égalité, la justice et la liberté d’expression. Tous ces principes coïncident avec les droits revendiqués par les communautés 2SLGBTQI+ tant sur notre territoire qu’à l’étranger.

Comment le Canada peut-il y parvenir ? Le RDC met en avant certaines priorités clés qui permettraient au Canada de rester à l’avant-garde de la lutte pour les droits des personnes queer et l’égalité. Le Premier ministre Carney a appelé à « agir de manière cohérente » et à « construire ce en quoi nous prétendons croire » pour lutter contre la puissance dure et l’hégémonie mondiale. Compte tenu de notre histoire en tant que leader mondial de la justice pour les personnes queer, il est important de faire preuve de cohérence sur ce front également. Un point de départ essentiel pour élargir cet appel consiste à accroître la participation de partenaires à travers le monde, y compris les relations inattendues que le Canada peut nouer. L’une des priorités mises en avant par le RDC consiste à renforcer les relations des ambassades – tant avec le Canada qu’avec les communautés régionales qu’elles desservent –, ce qui permettrait de soutenir les initiatives locales et de consolider les liens du Canada avec les personnes qui se tournent vers l’ambassade pour bénéficier de la FCIL et de l’alliance. Si le Canada souhaite faire appel aux puissances moyennes du monde et à leurs partenaires pour lutter contre l’instabilité et la fragmentation croissantes, un point de départ essentiel se situe au niveau local.

La voix des organisations locales, en particulier celle des organisations 2SLGBTQI+, est souvent étouffée dans le dialogue mondial. Cette marginalisation conduit à une approche descendante de l’aide internationale, y compris dans les projets de développement participatif. Le fossé entre ces organisations et les hauts responsables d’AMC se résume souvent à des désaccords sur l’allocation des ressources, à des structures de financement rigides et à des procédures de candidature complexes. Les personnes qui travaillent au sein des communautés sont les mieux placées pour cerner les besoins et savoir comment une organisation peut fonctionner harmonieusement dans un contexte régional ou culturel donné. Si le Canada accordait davantage de reconnaissance à ce savoir, ses « partenaires » locaux pourraient nouer un véritable partenariat avec les ambassades et les fonds d’AMC destinés à les soutenir.

Au niveau national comme dans notre réponse internationale aux préjudices causés par l’affaiblissement des protections dont bénéficient les personnes queer, il est essentiel que ces partenariats prévoient un financement destiné à la pérennité des organisations et au renforcement de leurs capacités. Qu’il s’agisse d’institutions canadiennes œuvrant à l’échelle mondiale ou d’organisations locales intervenant sur le terrain à l’étranger, il est crucial que les personnes queer soient considérées comme des partenaires à part entière dans ce processus. Ce point sera abordé plus en détail dans le prochain article d’opinion de notre série consacrée à la Fierté.

Le Premier ministre Carney reconnaît l’importance de coalitions solides pour un large éventail de priorités nationales. Ce qui fait défaut, c’est une mise en œuvre à un niveau plus inclusif et plus large, où des « partenariats inhabituels » pourraient être formés pour renforcer la cohérence de l’action du Canada. Non seulement en tant que partenaire multilatéral actif sur la scène internationale, mais aussi en tant que défenseur de la démocratie, de la liberté et de la justice pour les communautés qui en ont le plus besoin.

Kailin Lee – Assistante de recherche, le Centre Pearson

References / Références : 

https://www.weforum.org/stories/2026/01/davos-2026-special-address-by-mark-carney-prime-minister-of-canada/ 
https://www.canada.ca/en/women-gender-equality/free-to-be-me/federal-2slgbtqi-plus-action-plan/progress/government-investments.html   
https://dignitynetwork.ca/wp-content/uploads/2026/04/Canadas-Foreign-Policy-on-LGBTIQ-Rights-EN.pdf  
https://www.canada.ca/en/women-gender-equality/free-to-be-me/federal-2slgbtqi-plus-action-plan/federal-2slgbtqi-plus-action-plan-2022.html 
https://nowtoronto.com/news/queer-organization-funding-reductions/ 
https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13563467.2021.1952558#d1e110
https://www.rainbowrailroad.org/stories/annual-report-2025-state-of-global-lgbtqi-persecution